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FOOT, BUSINESS, DIPLOMATIE, RESEAUX…

Multipropriétés, sociétés étatiques, réseaux, la mondialisation du foot fait intervenir un nouveau mode relationnel  dans le foot européen et la France s’y est parfaitement adaptée.


Posséder plusieurs clubs, travailler en réseaux, ce n’est pas une idée neuve (voir l’article de Yann Fossurier à propos du LOSC de Gérard Lopez). Elle a germé dans les années 90 avec ENIC (société d’investissement britannique) qui était présente dans six clubs. Il y a eu aussi Robert Louis-Dreyfus, à la fois propriétaire de l’OM et actionnaire majoritaire (non officiel) du Standard de Liège (via une holding de 1998 à 2009)  et Canal Plus (Paris SG et Servette de Genève de 1997 à fin 1999).

Depuis les années 2000, la multipropriété est pratiquée par Roland Duchatelet à Saint Trond (Belgique), Charlton (Angleterre), Alcorcon (Espagne), Carl-Zeiss-Iena (Allemagne) et Ujpest Dosza (Hongrie) via son fils Roderick. Egalement par la famille Pozzo qui possède l’Udinese (Italie) et Watford (Angleterre).

Tout comme Vincent Tan pour Courtrai (Belgique), Sarajevo (Bosnie), Cardiff City (Pays de Galles) et Los Angeles (Etats-Unis, co-propriétaire). Et aussi Bernard Serin au FC Metz et Seraing (Belgique), Maged Samy au Lierse SK (Belgique) et Wadi Degla (Egypte).

Dans les années 2000 Red Bull a acquis des clubs sur plusieurs continents. En Europe, Red Bull Salzbourg et  FC Liefering (Autriche) et RB Leipzig (Allemagne); Red Bull New York  et Red Bull Brasil aux Amériques,  Red Bull Ghana en Afrique). La multipropriété est également pratiquée par Aspire une des sociétés sportives de l’état du Qatar qui, à part être sponsor du Paris SG est propriétaire des clubs d’Eupen (Belgique),  LASK Linz (Autriche) et Leonensa (Espagne).

En dehors de Manchester City (voir plus loin) d’autres clubs sont entrés, en tout ou partie, dans le capital d’autres, comme l’Atletico Madrid (Lens),  l’AS Monaco étant actuellement en négociations afin de devenir propriétaire du Cercle de Bruges (Belgique).

Manchester City trait d’union Emirats/Chine

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Le président chinois Xi Jinping, Sergio Agüero, David Cameron, Premier ministre britannique

La multipropriété est aujourd’hui un concept de plus en plus utilisé et également dans un cadre qui va au delà de celui du football. Manchester City fait figure du concept le plus abouti dans le genre, en mêlant sport, business, diplomatie, expansion internationale, réseaux.

Manchester City a été racheté à l’été 2008 par Abu Dhabi United Group (ADUG), un fond d’investissement de l’Emirat d’Abu Dhabi (EAU). Si l’Emirat a alors nié que ADUG soit une émanation de son fond souverain (Abu Dhabi Investment Authority), leurs liens sont très étroits, voir cet article de The Guardian.

Ce qui permet de comprendre le scénario en trois actes de 2015, sous l’éclairage des relations financières et commerciales très suivies entre la Chine et les Emirats Arabes Unis. Fin octobre, en visite d’Etat au Royaume Uni, le président chinois Xi Jinping, visitait les installations de Manchester City.

En décembre, des capitaux publics chinois (via China Media Capital Holdings) entraient dans le capital du club à hauteur de 13 % pour 378 M€. Et quelques jours plus tard, le président Xi Jiping signait à Pekin avec les Emirats l’établissement d’un fond commun d’investissement stratégique à hauteur de 9, 5 milliard d’euros.

Afin de coordonner l’expansion internationale de Manchester City, une holding, City Football Group, a été crée en 2014, laquelle coiffe, outre Manchester City (à 100 %), New York City FC (Etats-Unis, 80%), Melbourne City FC (Australie, 100%), Yokohama F. Marinos (Japon, 20%). City Football Group a par ailleurs établi, via New York City FC, un partenariat avec Spurs Sports & Entertainment (NBA).

Dans  le but de faire de Manchester City un club performant et prospère, ses propriétaires émiratis ont constitué une cellule dirigeante d’ex du Barça. Dans la cellule sportive, ils sont dix, dont Txiki Begiristain (directeur du football) et Pep Guardiola (manager). Dans le domaine administratif, les Catalans sont aussi aux postes clés: Ferran Soriano est directeur exécutif, Jorge Chumillas, directeur financier, Nuria Tarré, directrice du marketing et Rodolfo Borrell, directeur technique général de City Football Group. Ce réseau catalan est également incarné par un autre homme, qui n’émarge pas dans les effectifs de Manchester City, mais en est très proche. Il s’agit de Père Guardiola, frère de Pep.

Père Guardiola, frère de Pep et l’homme de tous les réseaux

D’abord gestionnaire de droits d’images chez Nike (en particulier de joueurs du Barça), Père Guardiola est entré en 2009 chez Mediapro (filiale d’Imagina, giga groupe audiovisuel espagnol) où il a créé Media Base Sport (agence de représentation de joueurs). Un CV qui lui permet d’être au carrefour d’un nombre élevé de connexions. Mediapro se charge depuis 2013 de la production et de la distribution du contenu audiovisuel de Manchester City. Et lorsque Père Guardiola a piloté le rachat en juillet 2015 de Gérone FC (D2 espagnole), c’est un ex directeur marketing de Mediapro (Ignasi Mas-Bagà) qui est devenu directeur général du club.

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Pep et Père Guardiola

Ce rachat du club catalan, preuve de l’attachement des frères Guardiola à cette ville, a permis à Manchester City de renforcer son opération séduction afin de sécuriser la venue de Pep Guardiola à l’été 2016, comme l’a relaté The Telegraph. Dès la saison 2015/2016 le Gérone FC est devenu une des « filiales » du club mancunien, par le biais de prêts de jeunes joueurs. Et une fois nommé manager de Manchester City, Pep Guardiola est venu au Gérone FC animer une master class, et l’effectif du club catalan est venu à Manchester pendant quelques jours pendant sa préparation estivale.

Père Guardiola est également directeur général de Media Base Sport. filiale de Mediapro. Media Base Sport a cédé en mai 2016 46 % de son capital pour 39, 5 M€ à Wuhan Double, un conglomérat chinois. L’homme de réseaux Père Guardiola a aussitôt facilité un deal: conseiller à la famille Pozzo, propriétaire du Grenade FC de vendre le club à Wuhan Double, représenté par Jiang Lizhang. Ce qui fut fait, toujours au printemps 2016. Le dénommé Jiang Lizhang participe lui aussi allègrement à la complexité du sport business. Il possède également un club de SuperLigue en Chine (Chongqing Lifan),  détient 5 % des Minnesota Timberwolves (NBA) et il négocie actuellementl’acquisition d’un club belge de D2, Oud-Heverlee Louvain (OHL).

Toutes les connections de Père Guardiola avec Mediapro pourraient connaître bientôt un nouveau rebondissement. Le groupe audiovisuel espagnole est en effet au coeur de la grande recomposition que connait le secteur. Avec la vente envisagée de sa maison mère, Imagina un des grands groupes audiovisuels européen, valorisée entre 2,5 et 3 milliards d’euros). Parmi les candidats à la reprise, plusieurs groupes liés au foot, les Chinois Dalian Wanda (Infront/FIFA, Atletico Madrid), Suning (Inter Milan) et Alibaba (FIFA, Guangzhou Evergrande, Chine).

Pour finir, une dernière connection pour Père Guardiola: William Carvalho (Sporting Portugal), cité comme possible recrue cet été de Lille ou Manchester City. Une rumeur comme tant d’autres ? Coup d’intox de Lille pour afficher ses prétentions ? Ou entrée du club nordiste dans le réseau catalan Manchester City/Père Guardiola via Marc Ingla, président du LOSC et ex du Barça ?

Le FC Metz et le RC Lens eux aussi hyper connectés

A Metz, le président, Bernard Sérin, est patron de Cockerill Maintenance & Ingénierie, société basée à Seraing (Belgique), et il est également propriétaire du club de foot local (RFC Seraing). En décembre 2015, Ultimo Diez faisait le point sur les ramifications mises en place par Bernard Sérin, et ce avec quasiment tous les personnages et entités qui comptent dans le foot-business: Lucio d’Onofrio, Jorge Mendes, Doyen Sport.

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Source Ultimo Diez datant de décembre 2015 (Dominique D’Onofrio est décédé en février 2016)

Le RC Lens travaille également en réseaux depuis sa reprise en mai 2016 par la société luxembourgeoise Solferino. Leur relevé par Yann Fossurier pour FR3 Hauts de France, effectué en novembre dernier, atteste, comme pour le FC Metz, de la parfaite adaptation du football français, longtemps replié sur lui même, aux us et coutumes d’aujourd’hui.

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