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L’ANGLETERRE A l’HEURE DE LA RÉGULATION ?

Jeudi, la Chambre des Communes va débattre de la gouvernance de la Fédération de football, accusée, sur la base du travail de députés en commission, de refuser de se réformer. Avertie à l’automne de sanctions financière par Tracey Crouch, la Ministre des Sports, en cas de maintien de son immobilisme, la FA n’a pas obtempéré. Il lui était demandé d’accroître la représentativité des supporters, du football féminin, des minorités ethniques, du football de base. Egalement de mieux affirmer sa gouvernance du  football en donnant à ses directeurs exécutifs plus de poids par rapport aux représentants de la Premier League et de la Football League. 

La FA risque jeudi, si la Chambre des Communes adopte la motion des députés en Commission Culture, Média et Sport de se voir imposer par la loi les mesures réclamées, également par les supporters. Cet appel à plus de régulation, dans le pays qui a initié la mondialisation du foot, est à suivre de près. En particulier en France où cette mondialisation est de plus en plus manifeste.


Le débat de jeudi à la Chambre des Communes va porter sur la capacité de la Fédération anglaise à pratiquer une bonne gouvernance, à assurer une juste représentativité, à exercer à bon escient et assez de poids sa tutelle sur les instances du football pro. Un débat clairement de nature à avoir de l’écho dans l’hexagone, à l’heure où le nombre de clubs français à capitaux étrangers progresse actuellement de manière spectaculaire.

Sa mondialisation du foot à marche forcée, la multiplication des défaillances de propriétaires de clubs, la raréfaction des joueurs anglais en Premier League, les mauvais résultats de l’équipe nationale  conduisent aujourd’hui l’Angleterre à s’arrêter sur ces problématiques.  Elle s’interroge sur la nécessité de réguler et avance des solutions dans ce sens. Vu de France, il y a là clairement des enseignements à tirer. Par exemple sur la capacité du foot français à anticiper et contrôler  les dérives pointées aujourd’hui outre Manche.

C’est à l’initiative de la Commission Culture, Media et Sport que le débat et le vote de jeudi sur la gouvernance du football aura lieu. CaptureCom Elle a été créée en 1997 (sous les gouvernement travailliste de Tony Blair) et supervise les opérations du Secrétariat d’Etat à la Culture, aux Médias et au Sport. Outre la gouvernance du foot anglais, ses travaux ont porté récemment sur le futur de la FIFA, le dopage dans le sport, l’impact de la sortie du Brexit, le phénomène des « fake news ».

Ce n’est pas la première fois que cette commission parlementaire s’intéresse à la gouvernance du foot. C’était déjà le cas en 2011. Le ministre des sports déclarait alors ceci:  « Tous sports confondus, il est clair pour moi que le football est le plus mal gouverné du pays, sans l’ombre d’un doute ».  Pour l’actuelle commission, cela n’a pas changé. Elle a donc mené une audition du président de la FA, Greg Clarke et de Robert Sullivan, directeur de la gouvernance et de la régulation de manière très incisive, à lire la transcription des débats.

Et la Commission ouvre de manière tout aussi musclée le texte de la motion qu’elle porte pour le débat de jeudi:

« Cette Assemblée n’a pas confiance dans la capacité de la FA à exercer pleinement ses devoirs en tant qu’organe dirigeant, les structures actuelles de gouvernance de la FA rendent cette organisation impossible à se réformer; elle en appelle donc au Gouvernement afin qu’il établisse des propositions pour un cadre législatif afin de réformer la gouvernance de la FA ». 

La charge est sévère. Mais la Commission dit pourquoi: « A l’automne dernier, le gouvernement a publié une feuille de route pour une meilleure gouvernance du sport, et il est avéré aujourd’hui que la FA ne s’y est pas conformé ».  Un gouvernement anglais tout à fait en phase avec la sévérité de la Commission. Tracey Crouch, la ministre des Sports, a fait savoir en décembre dernier que si la FA refusait de se réformer elle risquait de se voir priver de £30m (34 M€) de subventions et de tout soutien gouvernemental à un candidature d’organisation de la Coupe du Monde.

La pression est intense sur la Fédération, mais aussi la Premier League. Car la multiplication des sociétés offshore (propriété des clubs, fonds d’investissement prêteurs) provoque une opacité que les instances du foot rechignent à contrôler et interdire. Il y a aussi la longue liste des propriétaires défaillants: Coventry, Charlton, Hull, Blackburn, Leeds, Blackpool, dont les supporters réclament le départ . 

Des supporters qui se mobilisent en vue du débat de jeudi.

Capture FSF

Il y a donc en Angleterre actuellement une demande croissante de régulation. Il existe toutefois deux écueils. La FIFA stipule dans ses réglements que les fédérations nationales doivent être « indépendantes et éviter toute forme d’interférence politique ». Et l’organisation internationale a, dans le passé, porté devant la justice des actions de gouvernements interférant dans le fonctionnement de fédérations locales.

Et d’autre part, le rapport de forces entre la FA et la Premier League sera difficile à rééquilibrer, selon Raffaele Poli, responsable de l’Observatoire foot du CIES, lequel salue toutefois le travail de la Commission Culture, Media et Sport de la Chambre des Communes:

« C’est très bien il  faut en effet  des politiques qui s’engagent véritablement à mettre le doigt sur de  vrais problèmes. Il est clair que la puissance financière de la Premier League est immense et je ne pense pas que la Fédération Anglaise par exemple ait des chances de renverser de manière drastique un rapport de forces qu’elle a totalement perdu.

Mais c’est important qu’il y ait des parlementaires qui s’intéressent et qui comprennent les dangers de cette évolution par rapport à ce que le football représente. Mais le foot n’a rien inventé, c’est le miroir, le reflet de la mondialisation actuelle. »

A suivre: interview de Chris Matheson, député travailliste de Chester, membre de la Commission Culture Media et Sport, supporter d’Everton FC et Chester FC.