RAFFAELE POLI: «L’inflation a repris de plus belle»

Le responsable de l’Observatoire du Football du CIES livre ses premières analyses sur le mercato 2015. Les droits télés anglais expliquent selon lui cette inflation, de même que l’assouplissement du Fair Play Financier pour Manchester City et le Paris SG. Il dit pourquoi ces deux clubs en ont bénéficié et  comment l’interdiction du TPO est contournée.


 

L’Observatoire du Football du CIES analyse tous les ans le mercato et ses tendances. Pour 2015, Raffaele Poli, son co-fondateur constate une augmentation marquée du montant des transferts: « notre analyse indique que les équipes des cinq grands championnats ont payé en moyenne 23 % de plus qu’elles n’avaient investi lors des cinq saisons précédentes pour des joueurs aux caractéristiques similaires. En 2014, c’était 16 % sur les cinq saisons précédentes. Ce mercato renforce donc l’inflation constatée ces dernières années ».

Deux éléments expliquent ce renforcement : «l’augmentation des droits télés anglais à partir de la saison prochaine et aussi l’assouplissement du Fair Play Financier pour Manchester City et le Paris SG.

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74 M€ pour Kevin De Bruyne à Manchester City

Ils sont parmi les quatre clubs qui ont dépensé plus de 500 M€ pour leur effectif actuel. L’UEFA a probablement craint une concentration encore plus grande de chances de remporter des titres pour les mêmes équipes C’est pourquoi elle assoupli ce régime et  indirectement favorisé ces deux clubs. 

C’est une des raisons pour lesquelles l’inflation a repris de plus belle, avec l’effet droits télés pour  les clubs anglais. »

9, 3 milliards pour le Big 5

Dans sa première analyse post mercato, le CIES a, dans sa lettre du Big 5   établi le classement des championnats selon les sommes de transferts dépensées pour composer l’effectif des clubs. Selon ce même critère, en assemblant tous clubs de Big 5, le Paris SG est quatrième (525 M€), Monaco dix neuvième (152 M€), Marseille quarante troisième (61 M€), Lyon quarante huitième (51 M€).

L’Observatoire du football constate ceci : « Au total, les équipes du big-5 ont payé un montant record d’environ 9,3 milliards d’euros pour recruter les joueurs faisant actuellement partie de leur effectif.  Les écarts entre clubs sont énormes : de 587 millions pour Real Madrid à moins d’un million pour Carpi, Frosinone, GFCO Ajaccio, Rayo Vallecano et Sporting Gijón. »

 

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Un quatuor à 307 M€

Pour Raffaelle Poli, les autres tendances du marché sont les suivantes : « En Italie, les clubs milanais ont spéculé en dépensant l’argent qu’ils comptent gagner en améliorant les performances. Ils commencent à investir ces nouvelles ressources d’avance sur le marché des transferts en étalant les traites. 
Du fait de son non respect du TPO, l’Espagne a dépensé sur le même rythme qu’auparavant et les gros clubs portugais ont beaucoup vendu, un peu plus que d’habitude, mais toujours avec le même modèle économique. Rechercher les meilleurs joueurs pour la revente ». 

TPO : une interdiction détournée

Le responsable de l’Observatoire du Football estime que l’interdiction du TPO (détention de parts de joueurs par des tierces parties) est largement détournée et difficile à mettre en œuvre : « On ne va pas résoudre ce problème du jour au lendemain. Si on veut agir, il faut des contrôles beaucoup plus stricts. Pour l’instant il y a ce nouveau règlement qui a été mis en place mais je n’ai pas observé de cas de sanction sportive ou d’exclusion de compétitions.

On pourrait dire que c’est parce que les gens se sont mis en règle. Mais si vous parlez avec les acteurs du marché, vous vous rendez compte que non,  c’est plutôt le fait d’avoir trouvé d’autres types d’arrangements.

Officiellement, il n’y a que les Espagnols qui continuent à utiliser le TPO, mais dans d’autres pays aussi, comme l’Angleterre et la France. Il y a des accords sous seing privé  entre actionnaires afin de se répartir des pourcentages de joueurs lors des transferts, des clauses qui n’apparaissent donc pas sur les contrats. La libéralisation des agents, avec l’abandon du contrôle de la FIFA sur les licences va même plutôt empêcher de punir les intermédiaires. »

Le TAS (tribunal Arbitral du Sport) doit examiner cet automne le litige entre le Sporting Portugal et Doyen Sport (pourcentage revenant à Doyen sur le transfert de Rojo à Manchester United)

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Selon Raffaele Poli, l’affaire est entendue, pour des raisons juridiques : «Le verdict sera à mon avis à la faveur de Doyen Sports. Parce que selon la règlementation actuelle, le club n’a pas le droit de rentrer dans ce genre d’accord. S’il le fait, alors il est tenu de tenir ses engagements. Sauf si l’autre partie n’a pas respecté ce qui a été convenu. »